
♦ Confer la photo 1 ci-contre.
« Elle est toujours par monts et par vaux ; le garde champêtre l’a surprise dans les blés entre les bras de Gaspar et la baisant sur la bouche ».
Anatole France (1844-1924) — L’Île des Pingouins
Rappel historique.
Sous le Moyen Age.
On ignore comment fut introduit en Gaule le blé et tous les végétaux qui servaient à la nourriture de l'homme et on peut supposer que depuis l'antiquité, des personnels civils ou militaires étaient préposés à la surveillance de ce trésor de survie dont tout le monde dépendait du plus puissant au plus pauvre afin d'éviter la famine. Ainsi, on trouve la trace des premiers « gardes champêtres » bien avant l'an 900 dans l'ancien droit établi par les chartes-lois et les coutumes des seigneuries et des provinces de France.
Les premières appellations du garde champêtre sont : Messor, messilier, messium cusios, messaer, messarius, mésségué - ces noms signifiant celui qui surveille les moissons. Il est l'ancêtre d'une longue lignée de gardes ruraux qui deviendront quelques siècles plus tard les Gardes Champêtres d'aujourd'hui.
Sous l'Ancien régime
Avec la révolution de 1789 et les années d'après
Le métier de garde-champêtre nommé par le préfet, après présentation du candidat par le maire, était une position importante dans le village et ne pouvait être confiée qu’à une personne digne de confiance ♦ confer les plaques 6 et 7 ci-contre.
Il devait donc être quelqu’un de droit et estimé dans le village (du moins par les autorités), en bonne condition physique , être instruit, sachant lire et écrire puisqu’il devait rédiger de nombreux procès verbaux ♦ confer le dessin ci-contre 8 et la liste des PV 9 ci-dessous :
► voir les attributions des gardes champêtres
Le garde champêtre qui était donc en quelque sorte un policier rural, avait diverses attributions visant à maintenir l’ordre dans le village et la commune :
La profession de garde champêtre connaît son apogée à la fin du XIXe siècle et au début du XXe siècle. Dans les campagnes, le garde champêtre qui était nommé par le préfet, après présentation du candidat par le maire est aussi important que le Maire ou l'instituteur et cette profession ne pouvait être confiée qu’à une personne digne de confiance, en bonne condition physique, estimé dans le village et être instruit, sachant lire et écrire,
En ce début de XXe siècle, le garde champêtre fait entièrement partie du paysage rural et il est aussi homme à tout faire[17], par souci d'économie, dans bien des petites communes qui ont peu de moyens financiers. Il a aussi un rôle de crieur public qui proclame à la cantonade, sur la place du village, après un roulement de tambour ou d'un son de cor, les annonces publiques et diverses décisions officielles (arrêtés municipaux, décrets préfectoraux, ordres de mobilisation générale...) qui doivent être affichées ♦ confer les photos 19 et 20
Ce regroupement commençait toujours par "Avis au public !". Puis le garde champêtre dépliait la feuille sur laquelle était inscrit le texte et le lisait avec une voix de stentor ♦ confer le dessin 21 ci-contre.
Les recensements effectués de 1836 à 1936 par les maires de Lachau (documents conservés dans le service des archives du département de la Drôme) mettent en évidence les gardes champêtres suivants :
recensement de 1836
BERNARD Jean Bernard né en 1807
recensement de 1841
BARJAVEL Sylvain né en 1817 marié avec MATTHIEU Scolastique né en 1819
recensement de 1846
BARJAVEL Sylvain né en 1817 marié avec MATTHIEU Scolastique né en 1819 ; le couple a eu 2 enfants BARJAVEL Émile né en 1840 et BARJAVEL Pierre né en 1843
recensement de 1851
SIMON Pierre né en 1808 et célibataire
recensement de 1856
SIMON Pierre né en 1808 et célibataire
recensement de 1861
SIMON Pierre né en 1808 et célibataire
recensement de 1866
MARCEL Jean-Baptiste marié avec BERNARD Marguerite
recensement de 1872
aucun
recensement de 1876
BREMOND Jean-Baptiste né en 1836 à Lachau (Drôme) et marié avec MATHIEU Sabine née en 1838 à Lachau (Drôme)
recensement de 1881
BREMOND Jean Paptiste né en 1836 et marié avec MATTHIEU Sabine née 1838 ; le couple logeant chez GAUTHIER Casimir né en 1841, cultivateur et GAUTHIER Philomène sa sœur née en 1837 couturiére
recensement de 1886
GAUTHIER Casimir né en 1841, et vivant avec GAUTHIER Philomène sa sœur née en 1837
recensement de 1891
GAUTHIER Firmin né en 1845 vivant avec ses filles GAUTHIER Léontine née en 1879 et GAUTHIER Thérèse née en 1882
recensement de 1896
aucun
recensement de 1901
aucun
recensement de 1906
GAUTHIER Casimir né en 1841 à Lachau (Drôme) célibataire
recensement de 1911
GAUTHIER Casimir né en 1841 à Lachau (Drôme) associé au ménage de DUPUY Léonie née en 1847 à Barret-Le-Bas
recensement de 1921
aucun
recensement de 1926
aucun
recensement de 1931
aucun
recensement de 1936
aucun
Conclusion : le garde champêtre d'aujourd'hui
La police rurale est très ancienne remonte au haut moyen âge et notamment en la personne de son premier représentant : le garde champêtre. Fonctionnaire territorial communal ou intercommunal ayant pour principale mission la surveillance et la protection du milieu rural, il appartient à la filière sécurité et au cadre d’emploi de la « police municipale ». Nommé par le Maire, agréé par le Procureur de la République et assermenté en audience publique devant le tribunal judiciaire, le garde champêtre dispose d’un statut particulier prévu par le décret n°94-731 du 24/08/1994 et exerce aux côtés des gendarmes l'ensemble de ses missions qui constituent la police des campagnes ou rurale au sens de l’article L.521-1 du Code de la Sécurité Intérieure. Le garde champêtre est habilité à constater par procès-verbal les contraventions et les délits portant atteinte aux propriétés rurales et forestières ainsi que les contraventions aux règlements et arrêtés de police (ex : police de la route, de l'eau, de l'urbanisme...) des maires et des Préfets.
Grâce à sa connaissance de la population et de la zone géographique dont il a la charge, le garde champêtre démontre quotidiennement son utilité dans de très nombreux domaines, maintient le lien social dans les territoires les plus reculés, et constitue un formidable atout pour la sécurité publique au service des maires et des populations rurales.
Officier de police judiciaire jusqu’en 1958, le garde champêtre dispose aujourd’hui d’une double qualité judiciaire :
Recrutés par les communes de moins de 5 000 habitants, les gardes champêtres effectuent les missions suivantes :
C.A.M.
[1]L'arme des gardes champêtres jusqu'à la 3e république était le sabre briquet qu'utilisait les sous-officiers et les soldats de l'infanterie napoléonienne, de lame courte modèle An IX (lame de 59 cm, longueur totale de 75 cm), en acier et forgé d'une seule pièce. Ce sabre était utilisé était surtout employé à des fins pratiques et utilitaires plutôt que guerrières
[2]Des pistolets à silex équipaient ces fonctionnaires, pistolet de type An IX qu'utilisaient aussi les gendarmes à cette époque
[3]Guide pratique du garde-champêtre décrit par M. Henrion de Pansey : « Un garde champêtre doit avoir une grande exactitude, une infatigable activité, une vigilance difficile à tromper, un désintéressement qui le mette au-dessus de la corruption ; il doit avoir quelques notions relatives à la police des campagnes, des idées assez nettes pour rédiger clairement un procès-verbal ; enfin assez de droiture pour que, dans l’exercice de ses fonctions, il ne se laisse influencer ni par des haines particulières, ni par des affections personnelles. »
[4]En 2013, la France comptait 1500 gardes champêtres contre près de 30 000 en 1958.
[8]Arrêtés préfectoraux et municipaux (Loi du 28 juillet 1867).
[9]Ordre public (décret du 11 juin 1806, confirmé par l'ordonnance du 29 octobre 1820).
[10]Police de la pêche (Loi du 15 avril 1829).
[11]Contributions indirectes (Arrêté du ministère des finances du 17 octobre 1816, article 7).
[16] Cartes à jouer (Loi du 28 avril 1816).
[17]Les Gardes-champêtres qui étaient nommés sur concours et étaient affectés dans les communes par arrêtés (Sous-Préfecture - Préfecture) pouvaient aussi faire partie de l'équipe de cantonniers dont il était responsable, gérer les places au cimetière, implanter lui-même les caveaux, être responsable des feux d'artifices qu'ils tiraient eux-mêmes...
[18]Envisagé dès 1801 et promulgué le 16 novembre 1808, le Code d’instruction criminelle est un recueil de textes juridiques qui organisait la procédure pénale en France. Il a été abrogé en 1958 et remplacé par le Code de procédure pénale.
[19]Cela se traduit par des visites régulières dans des endroits isolés comme les fermes, les hameaux ou les résidences secondaires, de manière à constater ou non des infractions et des délits au sein de la commune.